...rapid'ment
hors du temps
glissent les rames de Paname...
Face à la faillite du système, le psychiatre Jean-Michel Cahn considère que la solution est à chercher du côté des malades.
Jean-Michel Cahn, pourquoi pensez-vous que ce sont les malades qui vont faire bouger les choses ?
J'ai fait le constat, suite à ma formation et à mes rapports avec mes collègues, que les soignants en psy sont bardés de certitudes. A l'évidence, la psychiatrie ne répond pas aux besoins des personnes qui souffrent de troubles psychiques. Elle nécessite une remise en question en profondeur et comme elle ne viendra pas des soignants, elle ne peut venir que des malades passés par là. Ce n'est pas avec de nouveaux médicaments qu'on y arrivera. On dispose déjà d'une panoplie suffisante.
Vous dites qu'il faut être à l'écoute des fous. Pourquoi ?
J'ai plus d'affinités avec des gens qui ont des troubles psychiatriques qu'avec des gens normaux. Je me pose beaucoup de questions sur la santé "normale" des gens intégrés. C'est un signe de vitalité de péter les plombs dans une société comme la nôtre. Ce que vous appelez les fous, ce sont les sentinelles de notre société. Ils anticipent les dysfonctionnements. Ce que j'apprécie particulièrement, c'est leur extrême sensibilité, leur créativité et leur lucidité sur les rapports humains, sur les non-dit. Ils ont souvent accès à l'inconscient des autres et ils le disent tout haut, comme une évidence. Le problème est que si on les écoute, cela nous oblige à nous remettre en cause.
A quoi ressemble la vie sous neuroleptiques ?
Les neuroleptiques peuvent être précieux s'ils sont utilisés à doses modérées et pendant un temps limité. Le problème, c'est que ce sont des médicaments qui, à dose élevée, altèrent la perception de soi-même et de ses sensations. Cela induit une amputation de la personnalité, une camisole ou une lobotomie psychique. Vous savez que l'enfer est pavé de bonnes intentions et on ne peut douter de la bonne foi des psys. Néanmoins, les neuroleptiques sont trop souvent une façon de s'aliéner des individus qui deviennent soumis. Trop de psys n'écoutent pas les gens et ne sont sensibles qu'à la forme, délaissant le fond.
Entretien Joseph Veillard - Technikart, février 2002.
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